
Lorsque l’on doit écrire son histoire, qu’elle soit à l’échelle d’un homme ou d’un peuple, le support est tout aussi important que le contenu. A Valparaiso, les artistes ont pris la relais des conteurs de la place publique pour décrire leur ville et sa créativité. C’est donc à l’abri, dans les rues étroites des cerros (collines) que les « murales » illuminent la ville et ses touristes tout en enseignant une partie de son histoire.
Les « murales », ces grandes fresques sur les murs des villes latino-américaines n’ont, cependant, pas été inventé à « Valpo » mais bien dans un grand pays d’Amérique centrale : le Mexique. Ce courant artistique appelé «muralisme mexicain» s’est développé au début du 20e siècle grâce à ses 3 pères fondateurs Diego Rivera, José Clemente Orozco y David Alfaro Siquieros et a fondamentalement influencé les fresques que l’on retrouve aujourd’hui. Outil éducatif, politique et social, ce courant devait être « monumental et héroïque, humain et populaire » (Siqueiros), glorifiant l’art préhispanique national et les classes sociales qui le représentaient. Une source artistique, donc, à même les façades.
Se développant ensuite dans tout le continent , le courant se prit d’affection pour le Chili dans les années 60 car ses habitants en virent une occasion de créer un nouvel outil de propagande. Ainsi, dans les rues de Valparaiso fleurirent des portraits de Salvador Allende grandeur nature, des fresques vantant une politique socialiste ou encore des messages politiques de groupes affiliés au « Chicho ». Bien sur, ces œuvres ne plurent que modestement à Augusto Pinochet qui, après le coup d’Etat de 1973, demanda à recouvrir l’ensemble des façades de la ville en gris. A Valparaiso, donc, le souvenir de la démocratie s’effaça à grand coup de pinceau dans les ruelles natales de son nouveau leader.
Aujourd’hui l’art mural a repris de ses couleurs et en est même devenu un élément incontournable du tourisme Chilien. Ville privilégiée pour ses cerros et sa culture, la région encourage la création de murales avec notamment la mise à disposition de matériels ou simplement de murs pour les artistes. Le « museo a cielo abierto » est un excellent exemple de ce tournant politique. De fait, en 1992, plusieurs grands artistes se réunirent dans les rues du Cerro Bellavista, sur les hauteurs de Valparaiso, pour créer 20 fresques uniques. C’est une première depuis la chute de la démocratie et un lieu touristique indispensable pour chaque visiteur encore aujourd’hui.
Bien sur, plusieurs articles seront dédiés à ces fresques et arts muraux, car comme disait Pablo Neruda à propos de la ville et de son art « si nous parcourons tous les escaliers de Valparaiso, nous auront fait le tour du monde ». Et ce dernier ne fait que commencer.
EL